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Fashion: le scandale très lucratif de la mode islamique

Yves Saint Laurent disait: « Le plus beau vêtement d’une femme, c’est sa nudité. » A constater ce qui agite le Landerneau de la mode, de la politique et des médias, il semble que les propos du grand couturier soient mis à mal, même si en son temps il commit une collection dite orientale de voiles, ce que Pierre Bergé semble l’avoir aujourd’hui oublié (cf: ses dernières déclarations). En effet, les observateurs s’écharpent sur le thème (en est-il seulement un?), de la « mode islamique » ou de la « mode pudique ». Nous avons hésité à ouvrir ce « débat » tant il a tout d’une boîte de Pandore, d’où sortent déjà rancoeurs et ressentiments. D’un côté, la fast fashion avide, cupide et prête à tout pour inventer des produits « propres » à satisfaire ses actionnaires. De l’autre, des acteurs du monde de la mode et de la politique qui font entendre (à juste titre) leur voix. Enfin, des consommatrices certaines vivant dans des contrées où sharia et libéralisme font bon ménage, d’autres – en Occident – se réfugiant dans des réflexes communautaristes et pour finir, celles (la grande majorité), qui ne demandent pas que l’on pense pour elle le contenu de la garde-robe idéale, voire convenable. En préambule, la mode doit-elle être le champ (de bataille) d’expression d’une vision réductrice de la femme? La réponse est non! La mode en soi, explore le champs des possibles et demeure l’espace d’expression de l’imagination, du geste et de la célébration – même – d’une certaine forme de beauté. La mode, n’a eu de cesse d’émanciper, de libérer, d’accompagner la femme dans sa quête d’affranchissement. La mode donc, ne saurait être le prétexte unique de ce débat, lancé par des financiers qui n’en n’ont cure. A l’exception du duo Dolce & Gabbana, qui a fait du scandale un mode d’expression et qui a érigé vulgarité en marque de fabrique, les enseignes concernées (Uniqlo, Marks & Spencer, Zara) par cette « mode islamique », ne sont rien d’autre que des fripiers avides de parts de marché exponentielles! Las de ces considérations financières, que cache cette question, si ce n’est la vision même de la femme dans un futur proche, voire immédiat? A l’origine de ce travail de « sape », les enseignes précitées, qui opposent deux visions: la mode dite pudique, qui sous-tend qu’une autre mode serait impudique, réinventant une notion archaique abandonnée en Europe depuis plus d’un siècle. Cette invention marketing des groupes de la fast fashion, prend la création à témoin pour afficher une vision clanique de ce qui est portable ou pas. Hors, rappelons-le, la mode ne saurait être le prétexte, de la remise en cause de nos codes vestimentaires et des libertés individuelles et/ou collectives de se vêtir à son gré. A l’heure où les âmes s’échauffent à l’évocation de la mode dite islamique, il serait dangereux de jeter l’anathème sur des croyant(e)s ou pas, supposés adhérer à une provocation motivée par le lucre. A ce titre, notre Ministre de la famille, de l’enfance et des droits des femmes, Madame Rossignol, a exprimé – justement – son indignation, prenant une volée de bois vert au passage de la part des réactionnaires en chef qui se planquent derrière la liberté de culte, pour imposer une vision de la femme que l’ensemble de nos contemporains réprouvent. Voici ses propos: « lorsque les marques investissent ce marché lucratif pour les pays d’Europe …, à ce moment-là, elles se mettent en retrait de leur responsabilité sociale ». Si nous donnons quitus à Madame la Ministre d’avoir dit tout haut, ce que la majorité pense tout bas, l’index doit être pointé sur ces groupes de mass market animés par une voracité lucrative lubrique et rapace. En bref, ces enseignes qui fabriquent dans des conditions troubles des vêtements à bas coûts, avec des méthodes sujettes à caution, ont devant elles un boulevard estimé 484 milliards de dollars d’ici à 2019. Face à ce cynisme irresponsable dans des sociétés animées de libertés individuelles comme les nôtres, serions-nous, nous-mêmes, pris au piège de cet humanisme occidental qui veut que pour des raisons X ou Y, nous acceptions tous les modes d’expressions y compris vestimentaires?! Le fait de se « bâcher », comme un bien convoitable doit-il être une nouvelle norme, créant de fait des clans opposants femmes respectables et femmes voués aux flammes de l’enfer? En sommes-nous là? Si le boycott est une option, pourquoi ne pas donner la voix aux premières concernées qui n’ont(sans doute) pas demandées à ceux que des responsables marketing prennent la création à témoin pour créer plus de profits et de conflits, en les pointant du doigt! C’est donc toute une civilisation, qui au-delà du vêtement, dont ces marques se font les ambassadrices, qui est en question. En promouvant un mode de vie où la femme est niée dans son autonomie sociale, sexuelle, comportementale, et relationnelle. Ces grandes enseignes feignent hypocritement de l’ignorer en inversant l’argument du choix et de la liberté et en refusant toute portée symbolique à leur démarche. Non et résolument non, nous n’avons pas tant ris devant le Tartuffe de Molière, pour tolérer sous nos cieux la négation du corps de l’autre et tolérer ci et là des Salons de la mode islamique, alors même que l’épouse du Roi Mohammed VI du Maroc, Son Altesse Royale la Princesse Lalla Salma, montre le chemin et remplit ses royales obligations de manière affranchie, sans se voiler la face, ni les cheveux! Bref, en se présentant à son prochain comme son alter ego et non comme un palliatif. Crédit photo: Atlas Info

 

 




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